Les adeptes de l’effectuation et du Lean Startup balayent souvent d’un revers de la main méprisant le Business Plan qui a servis de compas pendant des décennies. Mais, il faut lui reconnaître que ce dernier invite à la projection vers le futur du business sur lequel les entrepreneur(e)s travaillent.

Si ces méthodes sont d’une grande efficacité pour lever des incertitudes au démarrage et pour valider des caractéristiques, les développements sont nettement moins clairs concernant l’élaboration d’une trajectoire de croissance pour la nouvelle organisation.

Le corolaire actuel pour parler de croissance est la scalabilité. Mais, qu’est-ce que concrètement un(e) entrepreneur(e) peut faire en la matière?

Assumons que le futur ne peut pas être dessiné avec certitude mais que savoir élaborer des scénarii d’actions adaptatifs en fonction des évolutions futures devrait être élevé au rang des capacités indispensables des entrepreneur(e)s..

Vous sentez-vous capable d’imaginer ce que développer votre business va vouloir dire: croître, se développer à l’international, racheter des entreprises concurrentes, intégrer la chaîne de valeur, créer un réseau de franchise… vais-je répliquer, dupliquer et étendre.

Parler du futur, parler de futurs alternatifs, parler de sa capacité à les concevoir et à s’adapter.

En 20 ans d’accompagnement d’entrepreneurs et plus de 2000 entrepreneurs, c’est une capacité que je n’ai trouvé que chez très peu d’entrepreneurs. J’ai pu constater que lorsqu’ils/elles la démontraient, ils/elles rencontraient presque toujours le succès.

Exercice:

  • quels sont les futurs lointains qui vous semblent possibles et qui vous correspondent?
  • quelles sont les trajectoires qui pourraient correspondre à l’atteinte de ces futurs et qui vous conviendraient?
  • quelle trajectoire vous correspond et vous semble crédible?
  • quels seraient les grandes étapes et les actions majeures qui ponctueraient cette trajectoire?
  • quels sont les trajectoires alternatives?

La question n’est pas de savoir si le « plan se déroulera sans accroc » c’est de savoir si en cas d’accroc, je saurai passer d’un scénario à un autre. C’est également savoir si en cas de surprise (effectuation) je suis capable de faire évoluer mon scénario. Enfin, cas plus rare, si le succès dépasse nos attentes, comment accélérer?

C’est bien d’adaptabilité dont il est question. Plus l’entrepreneur(e) arrive à concevoir des scénarii plus il/elle est en capacité à les mettre en œuvre, plus il/elle est capable de piloter son organisation dans le sens souhaité sans subir.

Lorsque l’on parle startup, on entend rarement le mot légitimité associé au vocabulaire habituel.

C’est pourtant un concept clé et central. Il dure aussi le temps que le projet entrepreneurial et la nouvelle organisation qui émergera dureront.

Le processus entrepreneurial vise à l’engagement des parties-prenantes.

Qui s’engagerait dans un projet dans lequel les acteurs n’apparaîtraient pas légitimes?

Comment acquière-t-on sa légitimité:

  • En phase d’élaboration du projet:
    • montrer et prouver que l’on sait de quoi l’on parle (voir notre premier épisode),
    • montrer que l’on a identifié et même convaincu et engagé les autres parties-prenantes nécessaires au lancement.
  • En phase d’activité:
    • savoir manager son projet, ses équipes et ses relations…

Au fur et à mesure que le projet évolue, la configuration des parties-prenantes évolue faisant évoluer les attentes en matière de légitimité.

Cela implique que l’on a besoin de prouver, valider et confirmer que l’on est toujours légitime.

Par exemple: ce n’est pas parce que l’on était légitime lors de l’engagement de notre premier investisseur que l’on est légitime dans les yeux de l’investisseur suivant…

Exercice – tentez de répondre à ces différentes questions:

  • en fonction des parties prenantes à engager dans le projet, qu’est-ce qui me rend/nous rend légitime(s)?
  • comment je peux montrer/démontrer cette légitimité?
  • quelle partie-prenante peut m’apporter de la légitimité?
  • en fonction de l’évolution du projet, quels seront les enjeux de légitimité (nouvelles compétences, nouvelles connaissances, nouvelles relations)?

 

 

Les méthodes itératives font la part belle aux interactions successives avec les clients ou plus largement les parties prenantes.

Ces interactions doivent permettre de valider des caractéristiques du produit ou service et/ou d’obtenir l’adhésion et l’engagement des clients et/ou autres parties-prenantes.

Je ne remets pas en cause ici le principe de validation itérative.

Il est question ici, de se poser la question de la manière.

Lors de l’épisode précédent, on a évoqué qu’énoncer son idée/opportunité d’affaires ne peut pas se faire faire sur la base d’un vague brouillon.

Quelque soit le nom que l’on donne à l’artefact (MVP, prototype…) qui sert de médiateur dans l’échange avec notre client/partie-prenante, il faut l’adapter à son interlocuteur, avoir reçu suffisamment de soin et d’attention.

Pour tester, il faut donc:’

  • déterminer la nature de l’artefact (dessin, présentation, captures d’écran…),
  • valider le contenu de l’artefact, suffisamment abouti et permettant de questionner correctement son interlocuteur,
  • chaque composante de l’artefact doit pouvoir être discuté,
  • faire en sorte que l’artefact permette l’échange sur les points que l’on souhaite stresser,
  • adopter une réelle posture de recueil d’information et non de défense de son artefact

Exercice:

  • travailler son artefact,
  • définir les points à valider,
  • préparer les entretiens,
  • tester les questions avec la famille, les collègues, les amis.

Dans cette épisode je reviens sur une mauvaise habitude qui consiste à : « sous prétexte que l’on adopte une démarche itérative, un brouillon suffit ».

Un brouillon est et restera un brouillon. C’est de la responsabilité de l’auteur(e) des auteur(e)s d’en changer le statut.

Écrire, se relire, se faire relire… corriger.

Objectif: clarté pour l’interlocuteur/le lecteur.

Qui est mon interlocuteur/lecteur? Que connaît-il déjà? Quelle information est indispensable à sa bonne compréhension?…

On peut garder la structure classique de présentation d’une opportunité d’affaires : CONSTAT, PROBLÈME & SOLUTION.

Chaque composante doit être claire et obtenir l’adhésion de l’interlocuteur/lecteur.

Si vous étiez peintre, oseriez-vous présenter le brouillon de votre esquisse à votre mécène?

Ne perdez jamais de vue que vos interlocuteurs sont sensibles à l’esthétique : le choix des mots, des images, l’équilibre, l’asymétrie…

En somme: votre formulation vous semble-t-elle claire et belle?

Exercice: décrire son opportunité d’affaires en 30 mots, 50 mots, 100 mots. En fonction du nombre de mots on apporte plus de détail sur la mise en œuvre de la solution…

Ce premier épisode s’adresse en priorité aux entrepreneur(e)s en devenir qui souhaitent se lancer un projet dans une industrie qu’ils ne connaissent pas parfaitement et ceux qui sont en recherche d’idée.

Les entrepreneur(e)s qui entreprennent dans le secteur dans lequel ils ont de l’expérience ont, en général, une très bonne connaissance des mécanismes et des acteurs de leur industrie.

=> Si ce n’est pas votre cas, je vous invite à prendre le temps de découvrir et comprendre. Même si vous pensez le connaître, essayez de le comprendre comme un(e) expert(e).

Les opportunités d’affaires relèvent souvent d’une observation semi-consciente du monde. Tous les canaux d’observation sont valables: journaux, podcasts, programmes télé, internet…

=> Puisez dans tout ce que vous maitrisez, ce que vous avez observé, constaté…

Laurice ALEXANDRE est Maître de Conférences HDR à l’Université de Paris. Elle est co-directrice du Master Entrepreneuriat à la Faculté de Droit, Économie et Gestion et est responsable des adhésions, et chargée de mission à l’international à l’AEI.

Elle est auteure de deux ouvrages (sur l’innovation et le portage commercial à l’international), et de nombreux chapitres d’ouvrage portant sur l’entrepreneuriat. Elle est aussi auteure de nombreux articles portant essentiellement sur l’entrepreneuriat des minorités dans la région du Moyen Orient et en Afrique sub-saharienne.

Ses recherches actuelles portent sur l’entrepreneuriat des réfugiés et des jeunes de banlieue.

Références évoquées lors du podcast:

Alexandre L. (2016), « Typologie d’entrepreneurs, une approche par le genre», Revue de l’Entrepreneuriat, N°3/4, volume 15, décembre 2016, pp. 105-122

Sarasvathy, S. D. (2009). Effectuation: Elements of entrepreneurial expertise. Edward Elgar Publishing.

Christina Constantinidis est Docteure en sciences économiques et de gestion et a rejoint l’ESG UQAM en 2018 en tant que professeure en entrepreneuriat, où elle enseigne la culture entrepreneuriale au 1er cycle et les méthodologies de recherche qualitatives au 2ème cycle. Son parcours se caractérise à la fois par ses recherches doctorale et postdoctorale et par plusieurs années d’expérience dans la recherche appliquée en gestion. Ancrée dans le champ de l’entrepreneuriat et de l’entreprise familiale, elle mobilise les théories sociologiques du genre afin d’enrichir la compréhension des processus et contextes entrepreneuriaux. Ses travaux portent notamment sur le poids des dynamiques de genre (interpersonnelles, familiales, organisationnelles) sur le financement entrepreneurial, les réseaux et le capital social des entrepreneur.e.s, et la succession dans l’entreprise familiale.

Les résultats de ses recherches ont été publiées dans des revues scientifiques internationales (entre autres, Family Business Review, Revue internationale P.M.E., International Journal of Entrepreneurial Behaviour and Research) et sous forme de productions destinées aux entreprises (outils, guides pratiques et rapports, plateformes internet). Elle est membre du comité éditorial de la Revue internationale P.M.E. et de Family Business Review. Son intérêt se tourne actuellement vers l’étude des nouveaux modèles d’affaires, basés sur des modes de gestion durables, collaboratifs et à impact sociétal, en particulier ceux portés par les femmes entrepreneures et les jeunes générations.

Références de l’épisode:

NELSON, T., et CONSTANTINIDIS, C. (2017), Sex and gender in family business succession research: A review and forward agenda from a social construction perspective, Family Business Review, 30(3), 219-241.

CONSTANTINIDIS, C. (2014), Femmes entrepreneures, Dans P.-M. CHAUVIN, P.-P. ZALIO, et M. GROSSETTI, Dictionnaire Sociologique de l’Entrepreneuriat, Presses de SciencesPo, Paris.

HALKIAS, D., THURMAN, P., SMITH, C., et NASON, R. (2011), Father-Daughter Succession in Family Business: A Cross-Cultural Perspective, Gower, 205-215.

Sharma, P., & Irving, P. G. (2005). Four bases of family business successor commitment: Antecedents and consequences. Entrepreneurship: Theory and Practice, 29, 13-33.

 

Michael Laviolette est Professeur en Entrepreneuriat et Stratégie à TBS Business School, Toulouse. Ses thèmes de recherche sont l’entrepreneuriat organisationnel, l’entrepreneuriat collectif, la politique et l’éducation entrepreneuriale. Il a une vingtaine de publications : (13 articles classés, 2 ouvrages et 11 chapitres d’ouvrage) sur les thèmes suivants ; l’essaimage, les compétences entrepreneuriales, les modèles de rôles et l’auto efficacité entrepreneuriale, les micro fondations des routines ou capacités dynamiques.

 

Références évoquées lors de l’interview:

LAVIOLETTE, E.M (2005), L’essaimage en PME: enjeux et modalités – Cliquez-ici

LAVIOLETTE, E.M (2015), La Création d’Entreprise : De l’idée au lancement, Vuibert, Paris, 219p.

LAVIOLETTE, E. M., « Spin-Offs as Microfoundations of Dynamic Capabilities in Rapidly Growing SME », Management International, 2019, vol. 23, no. 4, pp. 64-82 – Cliquez-ici

CV d’Eric Michael Laviolette

Lors du forum de l’innovation pédagogique 2019 d’Audencia Business School, la mise en abîme a été totale. J’ai eu l’occasion d’enregistrer un podcast sur la création de la chaîne de podcasts en entrepreneuriat avec Aline Polipowski.

On est revenus sur la genèse du projet: en septembre 2018, le site voyait le jour et je postais le premier podcast introductif de la première saison. Pendant le semestre qui suivit, nous avons créé les éléments pour le lancement de la saison 1 avec les étudiants de la majeure entrepreneuriat du programme Grande Ecole d’Audencia Business School. En décembre, les premiers épisodes étaient en ligne. Le semestre suivant, on remettait le couvert.

Entre temps, de nouveaux contenus sont apparus, profitant de l’organisation d’événements scientifiques à Audencia: pitchs sur des thèses, conseils pour réussir une thèse en entrepreneuriat ou entrepreneuriat familial…

Enfin, les derniers contenus suivent les rencontres que je fais au fur et à mesure de mon séjour à Montréal.

Il me brûle de reprendre ma collaboration avec les étudiants d’Audencia dans l’écosystème entrepreneurial nantais!!!!

Je profite du site pour partager cet entretien avec  vous.

Retrouvez tous les podcasts réalisés au cours du Forum de l’Innovation Audencia 2019

 

Je suis heureux d’annoncer que nous avons dépassés les 10 000 vus des podcasts de notre chaîne sur le site. C’est, sans compter les lectures sur google podcast ou apple podcast.

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RDV pour les 100 000.

Encore plus de podcasts à suivre l’année prochaine.

Vincent Lefebvre